Mardi 25 mars 2014 2 25 /03 /Mars /2014 21:47
Par lemodrop - Publié dans : Un orage de goudron
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Mardi 21 janvier 2014 2 21 /01 /Jan /2014 18:31

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Je revois Cynthia Dumont qui a porté mon enfant et je me souviens de son nom parce que c’est tout ce qui reste d’elle avec l’image de cette robe tee-shirt blanche semée de points rose qu’elle portait et Alex à côté, très pro, qui testait le grasping de Nora , soulevée comme une petite grenouille, tandis que Gregor et moi nous nous serrions tous les deux, transis, contre le radiateur de la chambre.


Nora est ma victoire. Mon cœur bat pour elle sous le quadrillage bleu de ma poitrine. Souvent je ne dis rien, je m’efface, je la regarde à distance. Tiens, Alex lui montre une famille de chardonnerets nichés dans le tilleul. Oui, l’extase ça n’est pas plus compliqué que cela, et le monde m’a donné droit à l’extase.


J’étais ce gamin blotti, gauche ; perdu des heures dans la contemplation du clocher biscornu de Solre-Le-Château ; mon premier ami queer. La légende raconte qu’il s’est un beau jour penché sur la pureté ; une fraîche fleur de verger en voile blanc marchant à la noce, le rouge du plaisir songé sur ses joues ; et la clarté des matins avesnois, au printemps, dans le regard.


Longtemps j’ai voulu être Elle avant de comprendre que j’étais comme Lui ; mais infiniment fondu et mêlé aux frémissements ingénus et brûlants de la jeune mariée. Cet émerveillement solaire ; je le garderai tout au long de ma vie et j’espère bien au-delà encore.


Car il va si loin, il va si haut ; bien plus haut encore que la souffrance, et qu’il ouvre le ciel si vaste, tout au-dessus des murs ; illuminant de son feu tutélaire le sommet fumant des barricades, au lendemain et à la veille des luttes.   

29 Décembre 2013

Par lemodrop - Publié dans : Ma barricade
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Dimanche 19 janvier 2014 7 19 /01 /Jan /2014 17:34

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C’est terrible, Nora a hérité de ma dyslexie. C’est encore plus criant maintenant qu’elle apprend l’anglais avec son maître. Et si Gregor intervient ; elle se braque. Il revient donc à Lew et à moi-même de l’aider à maîtriser du mieux possible la langue de son papa. Comme de bien entendu, Lew s’y prend à merveille ; mais souvent sa pédagogie m’échappe.


« Tu avais bien tes couleurs à réviser pour demain, Nora ?
- Oh oui, P’pa, c’est fait ! Avec tonton Lew, même, on a bien rigolé…
- Hum. Bon, de source sûre je sais qu’avec tonton Lew on rigole bien, mais est-ce que vous avez travaillé ne serait-ce qu’un tout petit peu ?

- Puisque je te le dis P’pa… fais-moi réciter puisque tu me crois pas !

- J’en ai bien l’intention. Alors comment dit-on « bleu » ma puce ?
- Oh ça c’est facile : blewwww !

-Ah oui, oui, évidemment… et fais-moi « jaune » pour voir un peu…

- Alors là, ça a été plus dur. Mais tonton Lew m’a emmené au bord de la rivière, parce que les rayons du soleil se réflétaient dans l’eau, même que c’était trop beau on aurait dit de l’or dans les gouttes et…

- Très poétique, trésor, mais « jaune » ?


Elle soupire en gonflant les joues. Comme je dois être ennuyeux avec toutes mes années d’enseignement ! Elles m’ont certainement fait perdre la main. Nora avance la sienne comme pour toucher un courant imaginaire et ouvre tout grands ses fabuleux yeux verts ; emplis de concentration et de rêve.


- Yeah, l’eauuuu !

Splendide. La brise soulève ses boucles blondes dans la clarté matinale. Ne t’émerveille pas, Thierry, comme à chaque fois sinon elle va en profiter. Il faut être sérieux. La queererie ne nous vaudra rien pour cette leçon ; ou peut-être que si.


- Et « vert » ? Vous avez bien appris « vert » ; dans la foulée ?
- Ben, on est allés au parc animalier…

- Au parc animalier ? Pour « vert » ? Décidément ton « prof » Lew emprunte bien des détours. Mais pourquoi ce rire, Nora ?
- C’est là que ç’a été le plus rigolo, P’pa ! fait-elle en pouffant derechef. On a assisté à une course de tortues !
- Une course de tortues ? fais-je en simulant l’impatience. Mais quel rapport ?

- Y en a une qui voulait grimper sur l’autre.
-  Et « vert » ???

- Elle a fini par y arriver, hein. Heureusement celle du dessous ne s’est pas retournée.

- Et « vert » ?

- Oh, t’es pas drôle P’pa ! Gweeeen ! Ben pourquoi tu te marres maintenant ? Lew aussi il se marrait et j’ai toujours pas compris pourquoi !

- « noir » ?

- Black !

- Bravo chérie ! dis-je estomaqué. Mais… il n’y a pas eu de « technique » pour « noir » ?

- Ben non.

- Comment ça pas de technique ? Pas de lac, ou de « clac ! » pour le dire avec un si bon accent ?

- Ils sont nuls, tes moyens, P’pa… réplique-t-elle en levant les yeux au ciel. Quel rapport avec le « noir » ?


Je dois me rendre. Lew est un bien meilleur pédagogue que moi, même pour faire marcher l’instinct. Tout de même ça me chiffonne.


- Je peux aller jouer maintenant ?

- Attends. Est-ce que vous avez vu « marron » ?

- Non, déglutit-elle catastrophée. C’était pas sur la fiche !

- Mais si Nora, regarde, là, avec le chocolat et le castor…
- C’est une marmotte.

- Si tu veux, Nora, une marmotte ! Mais il faut aussi apprendre « marron ».

- Je sais pas « marron ». C’est horrible ce « w » là juste avant le « n », comment on dit ?

- Je n’ai pas de technique pour ça, puce, mais tu n’auras qu’à répéter après moi : braoune, allez vas-y Nora, répète ; braoune !

- J’y arrive pas. Se renfrogne-t-elle.

- Allons Nora, tu n’as même pas essayé ! Juste une fois après moi : bra-oune !

- Bouing .

- Comment ?

- Bouing !

- Mais ce n’est pas du tout ce que j’ai dit.

- Tant pis, P’pa… Parce que ça fait deux fois, alors maintenant je vais jouer !

Et elle me laisse tout naturellement en plan avec ma fiche et mon inefficacité ; pour bondir dans les bras d’Alex qui vient d’arriver.

- Brown ! Brown ! Brown…Comme les yeux et les cheveux du toubib Al !!! s’écrie-t-elle triomphante.

- Mais qu’est-ce que ça veut dire Nora ?

- Que t’es encore plus beau que le chocolat que tu m’apportes !

- Euh, il est un peu pour tout le monde ; mais pour ton accent digne de la BBC on va l’ouvrir avant que les prédateurs Lew et Charlotte n’arrivent. Qu’est-ce que t’en dis ? »

Par lemodrop - Publié dans : Ma barricade
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Jeudi 16 janvier 2014 4 16 /01 /Jan /2014 18:23

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Il n’a pas changé le monde, le monologue de Lew ; mais sa vidéo a reçu bien des visites. N’ayant pu se défaire du ton dramaqueen il a fini par balancer la veste de brocard sous laquelle il ne portait rien.


Oui, c’était une belle victoire juridique, mais on l’a payée un peu cher. De part et d’autre, d’ailleurs ; sans avoir aucune sympathie pour le camp adverse qui agitait ses vieux spectres ; je n’ai pu m’empêcher de m’indigner face aux violences policières et aux incarcérations brutales. Non, je ne pense toujours pas que l’on puisse bien s’interroger sur soi jeté sans ménagement dans une cellule infecte et environné par les excréments des autres, mais ce n’est que mon avis…


De l’eau a coulé sous tous les ponts, je suis encore bien fier d’avoir brûlé la politesse au couple Al-Lew ; marié au printemps 2014 ; à Barcelone. Gregor et moi nous sommes unis en Novembre 2013, à Paris. C’était beau. Lew marchait à mes côtés et partageait mes frissons tandis que Corolle, en robe de dentelle argent ; cheminait avec Gregor. Nous n’avions pas l’honneur des cloches, alors elle a fait sonner une Allegro Marcato sur son barrideòn, à pleine voix. Et nous avons tous pleuré.


Je repensais à Théolinia, parce que j’ai toujours repensé à elle, au milieu même de mon bonheur. J’ai repensé si souvent et si fort à ce que nous étions, courant de place en place, misérables, éperdus, sans secours, que mes yeux brûlaient dans leur sécheresse. Je croyais qu’il n’y avait qu’à survivre dans cette précarité hors d’haleine pour rendre notre vie à deux indestructible.


 Aujourd’hui je me sens victorieux, avec ce soleil répandu sur les cheveux de ma fille Nora, qui joue là-bas dans l’herbe. Je me sens victorieux en la voyant, mais il me demeure un grand vide. L’impression de ne pas avoir été au bout, peut-être à cause de la violence que j’ai subie ; peut-être à cause de Démone qui préférait me faire perdre les pédales, plutôt que de m’embraser du feu sacré.

Par lemodrop - Publié dans : Ma barricade
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Mercredi 15 janvier 2014 3 15 /01 /Jan /2014 14:59

Ainsi suis-je devant ce café ; à arpenter le trottoir de long en large. Ai-je le « ton le plus sombre » ? Je vais m’y efforcer. Noter sans doute ce qui passe dans mon monologue à moi, celui que j’enverrai ce soir, sur mon réseau.


O français ! français ! français ! Créature faible et décevante… Nul citoyen reconnu ne peut manquer à son devoir. Le tien est-il donc de discriminer ? Après m’avoir bien appâté, avec tes libertés individuelles, ton droit à la controverse, tes lumières, tu te mets à pleurer en lisant ton Code Civil! Et moi comme un benêt… Non, intolérant, tu ne m’auras pas, tu ne m’auras pas …  Parce que tu es un petit moraliste, tu t’imagines un grand censeur ? Ironie, blâmes, opprobre, tout cela rend si étriqué ! Qu’as-tu fait pour tant de refus ?  Tu t’es donné le loisir de juger, rien de plus. Du reste, Père assez ordinaire, tandis que moi, perdu dans l’homophobie ordinaire… Il m’a fallu déployer plus d’ingéniosité pour exister seulement que tu n’en as mis depuis cinquante ans pour garder ta propre Famille embrigadée. Et tu veux jouer ? Il lui prend la main… Ce qui se trame saurait-il dépasser mes espérances ? Ou me laisser désespéré ?


(Je m’assieds dans un arrêt de bus ; dramaqueen à bloc)

Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Entré dans la vie trop jeune, et par le bout le moins avouable, je veux courir une carrière honnête et partout je suis déconsidéré. J’apprends la danse, les bonnes manières, ta langue même. Complaisant, je gagne par instants tes faveurs, et j’étouffe avec application ce qui pourrait te déplaire. Peine perdue, je suis toujours l’objet risible de ton mépris. Pourvu que je  n’exprime ni mes désirs, ni mes revers, ni mes frustrations … je suis  parfaitement libre de crever dans mon coin sans respect, sans affection, sans enfant.

(Je me lève, à nouveau)

Que je voudrais tenir un de ces Veilleurs véhéments, si légers sur le Mal qu’ils insufflent ! Je lui dirais… Que me voir un bébé dans les bras ne le gêne que parce qu’il est lui-même incapable d’aimer son enfant sans conditions, que l’amour qu’il prêche est trop gâté par les relents de son dégoût ; que sans le désir de comprendre, il n’y a pas de jugement éclairé ; et que seuls les petits esprits redoutent les grands progrès.


(Je me rapproche du café, derrière la vitre, et je me surprends à parler doucement, au milieu des gens.)

Je gagne Lille et j’y tombe amoureux, par deux fois. La mort m’enlève une idylle ; la jalousie une autre. Je me rêve dans le corps d’une femme qui fracasse son beau salon d’épouse, et le fuit. Au pur moment d’extase, c’est un père outragé qui se dresse sur ma route. Je lui offre la fille la plus énamourée du monde, et pour tout merci, il brise ma gaieté. Ma gaieté… encore faudrait-il qu’elle m’appartienne, plus que le reste. Et si c’était la censure du monde qui me l’avait façonnée ? Entreprenant sans avenir, Mordant sans appétit, Hypocrite sans intrigue, je suis…usé jusqu’à la corde. Sur le point de nouer le lien qui me ferait enfin époux, reconnu, estimé ; je les fais se rejoindre et quoi ?


Charlotte, Charlotte, Charlotte. J’ai plus aimé ton rôle que le mien propre, et maintenant ? Il se pourrait que vous abandonniez. Que vos yeux, les uns dans les autres sonnent, après toutes ces années, leur reddition au monde. Que vous vous aimiez, que vous obéissiez à la loi du nombre.


 Un homme, une femme ; une vraie passion comme ils disent. Je serais à nouveau logiquement, terriblement, irrémédiablement seul, et stérile jusqu’à la Mort. Mais ça n’est pas possible ? Si, tout naturellement, et dans l’ordre des choses. Que se passe-t-il ? Il m’a vu, il se lève, il vient. Plus que quelques pas avant de franchir la porte.


Est-ce l’instant de la crise ?

 

Par lemodrop - Publié dans : Ma barricade
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